Nouvelle secrétaire d'Etat à l'ESS et plan de relance de l'économie globale

Durement touché par la période de confinement, le secteur de l'activité humaine qu'est l'économie se devait d'être le point focal de la rentrée politique française, début Septembre. Le premier ministre nouvellement nommé, Jean Castex, a donc présenté au peuple le « Plan de Relance de l'Économie Française» et son chiffre phare de 100 milliards d'Euros. Le moment semble bien choisi pour présenter brièvement la personne en charge de l'Economie Sociale, Solidaire et Responsable ainsi que la part allouée à ce domaine dont l'acronyme n'a toujours pas été augmenté d'un R final.

 

Mme Olivia Grégoire est donc depuis Août dernier la secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie, en charge de l'ESS (la dénomination usuelle sera conservée dans cet article). « Elle élabore et met en œuvre la  politique de développement de l'ESS et promeut, à ce titre, les activités d'intérêt général ou d'utilité sociale qui y concourent. Elle encourage le développement de la performance extra-financière des entreprises. » (1) . Ancien soutien d'Alain Madelin (2) passée par Sciences-Po, elle était depuis 2017 vice-présidente de la commission des finances de l'Assemblée nationale et s'est illustrée comme présidente de la commission spéciale chargée d'examiner la loi Pacte (croissance et transformation des entreprises). Ses références en matière de trajectoire politique vont de chargée de mission chez Jean-Pierre Raffarin (Premier Ministre de 2002 à 2005, sous Chirac)(3) à soutien de Benjamin Griveaux pour la mairie de Paris en passant par le cabinet de Xavier Bertrand (sous Chirac également). Également ex-porte-parole du groupe LREM à l'Assemblée, Mme Grégoire assume pleinement venir de « la droite libérale et constructive » (4).

« En consacrant une partie du budget de relance au secteur de l'économie sociale et solidaire, c'est la France de 2030 qui se prépare, sur la base d'une économie plus durable et plus inclusive », annonce Mme Grégoire en même temps que le plan de relance Castex qui prévoit 1,3 milliards d'Euros en soutien à l'ESS. Elle ajoute que l’ESS est « un champ économique à part entière avec des spécificités qui vont bien au-delà du seul profit » ou plutôt en en-deçà puisque le but avoué de cette philosophie économique n'est justement pas le profit. Elle compte d'ailleurs (contribuer à) « démultiplier » le nombre d'emplois dans le secteur d'ici 2022. Ces déclarations d'intention semblent en effet prendre en compte que l'ESS génère 10% du PIB français en employant par ailleurs 2,4 millions de salariés – soit 12% du salariat privé. « Je veux multiplier les passerelles pour que les acteurs de l’ESS, qui comptent beaucoup de petites structures, inspirent les grandes sociétés pour que celles-ci mènent plus fréquemment et plus amplement des actions à impacts ».
Ainsi s'exprime le politique. Qu'en est-il du chiffre ?

 

1,3 milliards d'Euros seront alloués à l'ESS selon les modalités suivantes :

- 600 millions pour les structures favorisant l'insertion professionnelle des jeunes (dont 200 pour les 'parcours emploi-compétences' et 200 pour les SIAE)

- 300 millions pour débloquer des crédits en rapport avec des appels à projets

- 230 millions pour des « prêts d'honneur solidaires »

- 30 millions pour les tiers-lieux en milieu rural

- « D'autres dispositifs inclus dans le Plan de relance - comme les fonds du "Ségur" de la Santé -, seront également mobilisables pour les entreprises de l'ESS. Mais les montants correspondant n'ont pas été additionnés au total d'un milliard, faute de pouvoir évaluer précisément quelle part de ces fonds seront effectivement consommés par les acteurs du secteur. » (5)


En alignant les annonces de début d’article et les données suivantes (les 10% du PIB français qui représentent l’ESS dans le bilan économique français ne convoquent finalement qu’une aide à peine supérieure à 1% de l’annonce initiale), force est de constater que la France de 2030 démarre doucement.

Laurent Bagnard pour Alpes Solidaires


(1) extrait du journal officiel du 14 Août 2020
(2) Cette réflexion du Ministre de l'Economie et des Finances du 18 mai 1995 au 26 août 1995 mérite d'être exhumée : « Le remède contre le chômage, c'est de trouver du travail aux chômeurs »
(3) Difficile de résister à cette citation de M. Raffarin afin d'illustrer un article qui risquerait sinon de manquer de fantaisie :« Je suis là pour avancer pour la France avec un certain recul »
(4) citée dans l'article de Nicolas Massol, Libération, du 26/07/20
(5) source 'AFP'

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