Mutuelle d'entraide des gantiers de Grenoble

 

 

L’industrie du gant est très ancienne à Grenoble, datant du Moyen Âge lorsque les traditions et les secrets du métier étaient transmis de père en fils. En 1606, le gant de Grenoble a acquis sa notoriété grâce au gantier Mathieu Robert qui reçut le titre de « Gantier du Roi de France ». Après la révolution, le gant de Grenoble manque de disparaître (l’objet étant perçu comme un signe distinctif de la noblesse), puis les activités de ganterie reprennent lors de la Convention et sous l’Empire. C’est à cette période que le mutualisme connaît à Grenoble un développement précoce. En avril 1803 André Chevallier - ancien membre de la Confrérie des Pénitents Blancs de Saint-Laurent (une association de chrétiens catholiques à but non lucratif) - crée la mutuelle d’entraide des gantiers grenoblois (ou société de secours mutuel) au nom des ouvriers gantiers. Ce sera la première mutuelle de France. A ses débuts elle ne concerne pas tous les ouvriers, mais elle va constituer le socle des futurs systèmes de prévoyance des salariés.

Les objectifs de cette caisse de bienfaisance étaient de secourir les ouvriers dans le besoin, de réduire les inégalités sociales tout en conservant la propriété, et d’inculquer le goût de la santé et la prévoyance. Soutenue par le maire de l’époque Charles Renauldon et le préfet de l’Isère Joseph Fourier, la mutuelle ne devait comporter ni aspect religieux ni aspect politique, être acceptée par les ouvriers, les patrons et l’administration.

Les statuts prévoyaient deux types de membres : les actifs, des ouvriers de moins de 40 ans faisant preuve de leur capacité dans le métier et les membres bienfaiteurs ou honoraires qui cotisaient sans profiter des aides, (fabricants gantiers issus de la haute et moyenne bourgeoisie).

L’industrie gantière entre dans son âge d’or en 1832 grâce à l’invention de Xavier Jouvin, qui permet pour la première fois d’utiliser un procédé mécanique pour la découpe des gants : la main de fer. Il établit une classification des différents types de main, 32 modèles et un tableau de 320 pointures permettant de ganter parfaitement toutes les sortes de mains. Le gant grenoblois connaît son apothéose entre 1850 et 1914. Une famille sur deux vit alors de l’activité de la ganterie : le travail se fait essentiellement à domicile puis des ateliers apparaissent dans la cité, notamment dans les quartiers Berriat et Saint-Bruno. A cette époque, Grenoble compte 83 établissements dont 8 employant plus de 100 personnes. Parmi les usines grenobloises de ganterie les plus connues : les gants Jouvin, Perrin, Terray ou encore Reynier.

Xavier Jouvin, sera l’un des principaux contributeurs de la mutuelle d’entraide des gantiers grenoblois. Suite au dépôt de son brevet en 1832, il obtient l’exclusivité de son procédé pour rendre la coupe des gants plus précise. Conscient que son système met en difficulté les coupeurs gantiers, il reverse à partir de 1841 une part des bénéfices de ses coupes à la Mutuelle d’entraide des gantiers grenoblois (soit l’équivalent de deux salaires annuels d’ouvrier). Vers 1850, la mutuelle d’entraide des gantiers comprenait 529 membres actifs sur 720 ouvriers gantiers. Elle connut son apogée au Second Empire avec 800 membres titulaires en 1858 et 1200 en 1869.

Cette initiative fait école et de nouvelles associations voient le jour, ouvertes notamment aux cordonniers, aux peigneurs de chanvre et aux charpentiers. La crise impacte leur existence mais grâce au soutien des bienfaiteurs alliés et à des subventions municipales leurs activités se poursuivent. A partir de 1847, le mutualisme se diversifie dans ses objectifs avec la création de l’Union Fraternelle qui a pour but de répondre à l’usure physique des couturières du gant et c’est dans ce contexte qu’apparaissent les premières mutuelles féminines.
Le mouvement se diversifie et s’émancipe, avec une nouvelle organisation du travail et différents courants de pensée qui s’affrontent dès lors autour de la question sociale. Grenoble, de par son histoire mutualiste – à l’origine de la création des premières mutuelles féminines, de deux restaurants sociétaires ou de coopératives de consommation -  a contribué sans aucun doute aux fondements de l’histoire de l’Economie Sociale et Solidaire.

 

Claire Desmaris pour Alpes Solidaires

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