Un atterrissage chaotique
Arrivées en France dans les années soixante ou plus récemment dans le cadre des regroupements familiaux, en passant par des années de navette entre la France et leur pays d'origine, les parcours des femmes immigrées sont multiples mais comptent au moins un point commun : une grande vulnérabilité à l'approche de la vieillesse. Les femmes représentent 10% des publics immigrés âgés de la résidence sociale gérée par l'ODTI à Grenoble. C'est peu mais bien plus qu'il y a quelques années. Certaines, du fait de leur installation durable en France, ont pu se constituer un réseau social, amical et professionnel et maîtriser le français, au moins à l'oral. Pour les autres, l'atterrissage est difficile : culture, société, langage...tout est différent, déroutant. Un subtil équilibre à trouver : préserver une identité sociale et culturelle, source de repères dans une société où l'on se sent perdu, tout en essayant de se confondre, s'intégrer à son pays d'accueil.
En toutes dépendances
Poids des traditions culturelles des pays d'origine, barrière de la langue, environnement urbain complètement différent de celui connu, chômage... la vie quotidienne de ces femmes est complètement bouleversée et leur dépendance aux maris et aux enfants s'en trouve renforcée. Tout déplacement, toute démarche administrative ou de santé nécessitent leur présence et leur disponibilité. Situation qui peut devenir encore plus difficile en cas de séparation du couple, provoquant même parfois une rupture de liens avec les enfants. La sphère familiale prenant, par tradition, une place prépondérante pour ces femmes, il leur est difficile de s'y retrouver dans cette société aux mœurs bien différentes.
Précarité au pluri-elles
La principale problématique vécue par ces femmes est l'isolement vis à vis des institutions et l'absence de tout réseau social qui leur permettrait d'être plus à l'aise dans leur pays d'accueil. Isolées et centrées sur la cellule familiale en France, elles sont peu présentes sur l'espace public, en marge des circuits d'accès aux droits et aux soins. Méandres des institutions, peu ou pas de moyens de subsistance...un cumul de difficultés qui les conduit à une grande précarité. Les problèmes médicaux s'accentuant avec l'âge, la précarité se vit aussi en matière de santé. Qu'elles aient travaillé ou non en France, l'accès aux droits sociaux est aussi un parcours de combattante. Elles placent souvent leur espoir en leurs enfants, qui traditionnellement doivent s'occuper de leurs parents âgés. Malheureusement le coût de prise en charge par la famille est élevé et donc pas toujours envisageable.
Associations : interface nécessaire pour ces femmes
Les femmes âgées immigrées vont être de plus en plus nombreuses dans les années à venir. Alors comment prendre en compte ces problématiques et garantir à ces femmes une qualité de vie décente ? L'ODTI a pour vocation de soutenir et défendre, au sein de sa résidence sociale, les migrants isolés ou non, dans leur accès aux droits. C'est dans ce cadre, que l'ODTI se penche sur le sort des femmes âgées immigrées, tâchant de leur proposer le meilleur accompagnement possible et d'assurer le relais auprès des institutions afin qu'elles prennent en compte les besoins de cette minorité invisible et silencieuse. Les associations, interface auprès des institutions, jouent un rôle essentiel dans le repérage et le soutien à ce public. Mais elles manquent de moyens pour créer les structures d'accueil et d'accompagnement nécessaires. Déclarées comme « axe fort » dans nombre de programmes, notamment dans le Programme Régional pour l'Intégration des Populations Immigrées (PRIPI Rhône-Alpes 2010-2012), les femmes âgées immigrées ne bénéficient toujours pas de la moindre action.
Pour en savoir plus : www.odti.fr
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