uN p’Tit Vélo dAnS La Tête : 20 ans de vélorution

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Une salle rouge. Rouge comme la passion qui anime tous les amoureux de bicyclette. C’est ici que s’est tenue l’Assemblée Générale de l’association uN p’Tit Vélo dAnS La Tête, vendredi 28 mars, dans le quartier St Bruno à Grenoble, suivie d’un concert.
Créée en 1994, cette association s’applique depuis maintenant 20 ans à « promouvoir l’image et la pratique du vélo ». Les difficultés pour s’installer, le cambriolage du précédent local en 1996, la recherche pour le nouvel endroit (ouverture en 1998 de l’actuel atelier Rue de Londres), tout cela n’a pas suffi à arrêter la motivation d’une bande de copains bien décidés être là pour tous les utilisateurs du vélo dans Grenoble et son agglomération.
 
20 ans après, les copains sont partis, mais l’amitié est restée. Par-dessus tout, ce sont les valeurs qui demeurent. L’écologie, l’économie social et solidaire, le recyclage, le partage ; l’association s’applique à les mettre en œuvre, en ouvrant son compte à la NEF - une société coopérative de finances solidaires - en ne consommant que des produits locaux : « nous voulons réduire notre empreinte environnementale » souligne François, le président.
 
 
 
La vérolution est en marche
 
 
C’est surtout par la promotion de la « vélorution » - l’utilisation de moyen de déplacement non-polluant - que l’association entend mener sa bataille. La vélorution, en plus d’être une parade nationale (qui se tiendra d’ailleurs à Grenoble cette année les 3, 4, 5 et 6 juillet), c’est aussi un concept, une philosophie de vie, un idéal à atteindre : pas de pollution, la vélorution est en marche. François rayonne soudain à l’évocation de ce terme : « le vélo, c’est un outil magnifique. Il transforme la vie des gens. Lui seul permet de butiner la ville, en découvrir ses moindres aspects, ses moindres recoins, et pour cinq fois moins d’énergie, on va cinq fois plus vite qu’à pied ».
 
L’association se démarque aussi par son indépendance financière et son autogestion : « c’est une manière pour nous d’acquérir une légitimité, mais nous avons toujours besoin de reconnaissance, notamment de la Métro, parce qu’une source de nos revenus provient du recyclage de vieux vélos que peut nous fournir la Métro et ses déchetteries », nous explique François. Les comptes de l’association sont tous au vert, selon Christophe, trésorier : « la gestion en bon père de famille nous a aidés » malgré l’arrêt de la subvention sur 5 ans de la région Rhône-Alpes. Mise en place en 2008, cette subvention devait encourager la création d’un réseau d’ateliers comme ceux du p’Tit Vélo dans toute la région. Mission plus qu’accomplie, puisque l’association a été membre fondatrice de l’Heureux-Cyclage, un réseau d’ateliers participatifs et solidaires partout en France, créé en 2009.
 
 
A la bricole du biclou
 
 
Le principe de ces ateliers est simple, et s’applique pour le p’Tit Vélo. L’association met à disposition des outils (tous les outils possibles et imaginables), bon nombre de pièces détachées, des bénévoles prêts à vous aider, mais surtout une bonne dose de courage et de patience pour entretenir, réparer, bricoler, en un mot, bidouiller son vélo.
La première fois que l’on entre dans l’un de leurs ateliers, on est rarement indifférent. Tout le monde est concentré, mais on sait que si on rencontre une difficulté, quelqu’un sera là pour vous donner un coup de main…
 
 
2500 adhérents par an
 
 
Pour la première année, l’association connaît une décroissance dans le nombre de ses adhérents, mais curieusement, cela soulage presque les bénévoles et les salariés : « Nous étions arrivés à la limite des capacités des ateliers, celui de la rue de Londres notamment », poursuit François.
 
Forte de ses 2500 adhérents par an, l’association a dû ouvrir un second local, situé sur le campus, et prêté par l’université de Grenoble. Elle a eu aussi très vite besoin d’employer des salariés, dès 1995, une dizaine environ, qui se coordonnent pour mener à bien la vie de l’association et surtout l’activité des ateliers. La grande force de cette association, c’est aussi ses bénévoles. Une cinquantaine, voire une centaine lorsque l’association organise des parades, des animations, et qui offrent un réservoir de bonnes idées pour améliorer l’activité de l’association.
 
« Il y a un cap à franchir, commente le président. Nous sommes très ouverts, et dès qu’un membre veut s’impliquer d’avantage, nous lui donnons toutes les clés pour s’intégrer facilement et trouver sa place, soit pour l’administratif, soit pour l’accueil aux permanences, pour toutes les choses à faire au sein de l’asso en fait ! ».
 
La grande fierté de son François, c’est aussi l’adéquation entre ses valeurs et les moyens que l’association déploie pour les mettre en œuvre : « Notre discours est cohérent, et chaque membre adhère complètement aux valeurs ». Sur le parking devant le hangar se tiennent des vélos tous plus colorés et divers les uns que les autres. Un peu à l’image de ses membres : « les membres du p’Tit Vélo, ce sont des petits vieux, des jeunes, des étudiants, des cadres, des sans-papiers, des femmes, des hommes » mais pas de doute, tous se rejoignent autour d’une certaine philosophie du vélo.

 

« Sur quoi roules-tu ? »

 
Nous avons demandé au président et à un Thibaud, membre du P'Tit Vélo, de nous raconter l’histoire de leur biclou. Voilà ce qu’ils en répondent...
 
François : « Je roule sur un vélo rouge, un strike back, pour "contre-attaque". C’est une entreprise allemande qui a fonctionné en autogestion pendant de longues années, un peu à la manière de Lip, en France. Je pense maintenant que cette entreprise a dû fermer ses portes, vers 1995-1996. Une manière de promouvoir l’autogestion je pense ».
 
Thibault : « je roule sur un vélo dont je ne connais pas la marque, ou si, peut-être que c’est « Tour de France ». Quand je l’ai acheté, il n’y avait pas de frein arrière, ni de câble pour les plateaux et les vitesses, j’ai du tout remettre, avec mes petites mains, moi qui n’y connaissais rien ! »
 

Sur le vif

Pour ses 20 ans, le p’Tit Vélo a prévu vingt animations, de la véloparade au concert, réparties sur toute l’année. Lorsque le futur de l’association est abordé, l’idée d’une possible relocalisation offre un nouveau challenge. « Ce que nous voulons, c’est que chaque quartier possède son propre atelier, mais nous n’avons pas l’intention de devenir une grande multinationale tentaculaire, ironise François. Nous avons bien prévenu les municipalités que nous ne nous en occuperions pas, nous voulons que les gens prennent eux-mêmes le relais, avec notre aide bien sûr ! »  C’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux à cette association : la « vélonomie » de tout ses membres.

Articles et photos : Tom Féréol, étudiant à l'IEP de Grenoble

 
 
 
 

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Association éphémère créée dans le cadre d'un atelier pratique destiné aux étudiants de première année à l'IEP de Grenoble.
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