Quand Médecins du Monde accueille et accompagne les demandeurs d'asile

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L'antenne grenobloise de Médecins du Monde compte pas moins de 60 bénévoles actifs. Médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, psychologues... tous dévoués à la santé et au mieux-être des plus précaires. Robert Allemand, médecin généraliste, est le responsable de l'antenne. Il s'inquiète. De nouvelles problématiques sont apparues, et le centre d’accueil de Médecins du Monde, qui à sa création devait être provisoire, reçoit 25 ans plus tard un nombre croissant de patients.

 

Racontez-nous l'histoire du centre d'accueil de soins et d'orientation de Grenoble...

En 1986, Médecins du Monde a lancé un appel national à l'adresse de ses bénévoles afin d'accueillir et de soigner en régions les plus démunis. L'idée était aussi d’interpeller les services publics. Rappelons que la CMU (Couverture mutuelle universelle) ou l'AME (Aide médicale de l'état) n'existaient pas et les exclus du système n'avaient aucun moyen de se faire soigner ! En 1987, des bénévoles, dont une majorité de médecins, ont mis sur pied un accueil avec les moyens du bord. L'association n'avait pas mieux qu'un garage pour local. Rien n'était simple. L'équipe a même dû répondre d' « exercice illégal de la médecine et de détournement de patients », avant que le centre ne soit reconnu et institutionnalisé (1) ! A l'époque, la mission d’accueil en France ne devait pas durer plus de deux ans, le temps que les pouvoirs publics trouvent des solutions... Hélas, aujourd'hui nous sommes toujours là. Et notre file active a doublé depuis 4 ans. Nous avons accueilli 1200 personnes en 2011 contre 600 en 2008.

Comment expliquez-vous cette forte augmentation de fréquentation ? 

La proportion des étrangers que nous recevons est en constante croissance surtout depuis la loi de 2010 sur la régionalisation des demandes d'asile. En Rhône-Alpes, seules Lyon et Grenoble sont équipées d'Eurodac, un système automatisé de reconnaissance d'empreintes digitales. Les demandeurs d'asile doivent s'y soumettre obligatoirement afin de vérifier s'ils ne sont pas fichés dans un autre état membre de l'espace Schengen... Lyon est aujourd'hui complètement saturée et les demandeurs d'asile de toute la région, notamment de Drôme, Savoie et Haute-Savoie viennent à Grenoble. Hélas, les moyens n'ont pas suivi. Il n'y a pas plus de guichetiers en préfecture, ni de solutions logement ; et ces publics se retrouvent dans des situations très précarisées. Aujourd'hui, 92 % de nos patients sont étrangers.

Quelles sont les spécificités de ces publics ? Comment les aidez-vous ?

Nous les prenons en charge - soit directement, soit en les orientant - de façon globale, sur les aspects pathologiques comme psychiques. Les demandeurs d'asile souffrent de pathologies dues au mal-logement (problèmes dentaires, respiratoires, dermatologiques...). Et la Pass (Permanence d'accès aux soins de santé), bien que très compétent, manque de places. A cela, s'ajoutent de graves problèmes psychiques liés à ce qu'ils ont vécu (mauvais traitements, viol, torture souvent). Nous comptons plusieurs psychologues au sein de l'équipe et connaissons bien, pour beaucoup, les pays dont viennent les demandeurs d'asile. Ce qui nous permet de dépister plus facilement ces souffrances, inconscientes la plupart du temps...

Quel est votre protocole d'action ?  

Les gens sont accueillis une première fois par un soignant qui les oriente vers les organismes dont ils ont besoin. Notre mission est de favoriser l’accès aux soins et aux droits des personnes en situation difficile. En plus de la consultation médicale, nous les aidons aussi sur un plan administratif (pour ouvrir, par exemple, leur dossier d'accès à la CMU ou à l'AME). Ce n'est pas simple ! Il est bien sûr très difficile pour ces personnes de trouver un employeur comme le demande la procédure. Beaucoup se retrouvent rapidement en situation irrégulière.

Que faites-vous pour ceux qui ne viennent pas jusqu'à vous ?

Nous allons jusqu'à eux ! L’an dernier, nous avons soigné les demandeurs d'asile de Macédoine et du Kosovo, qui campaient Cité Jean Macé  à Grenoble. Par ailleurs, nous organisons des maraudes de jour avec Le Fournil et la Pass psychiatrique de l’hôpital. Le but est de créer un lien avec les gens de la rue pour les amener à se soigner, à se socialiser et à faire valoir leurs droits (CMU et RSA). C'est un travail de patience et d'humilité aussi. Les personnes que nous rencontrons sont souvent dans un état très dégradé. La maraude fait au besoin fonction de Samu social.

Avez-vous des relais ? Quel est votre réseau ?

Nous travaillons, entre autres, avec le réseau local d'institutions et d'organismes de santé tels que l’accueil de jour de l’hôpital psychiatrique, la PMI (Protection maternelle infantile). Nous appartenons au groupe Alerte Isère (2) et nous sommes aussi aidés par des médecins en libéral. Ceci dit, nous avons beaucoup de mal à mobiliser des dentistes et des ophtalmologistes. Pire ! On nous rapporte fréquemment des refus de soins !

Quelles sont les recommandations que vous avez adressées aux institutions ? Et quels sont, aujourd'hui, vos principaux besoins ?

Nous souhaitons avant toute chose que l'accueil des demandeurs d'asile, logement compris, soit assuré en conformité avec la loi ! Nous faisons partie du comité de veille de la préfecture et nous nous battons en ce sens. Depuis la création de l'antenne, nous avons fait de nombreuses recommandations. Avec nos partenaires, nous avons récemment demandé la mise en place de consultations sans rendez-vous à la PMI. En effet, les populations Rom ont une relation au temps particulière et cette facilité de consultation permettrait une prise en charge de dizaines de jeunes enfants. L’idée a été bien reçue mais n'est pas mise en place, la PMI n'ayant pas de personnel de secrétariat. Concernant nos besoins, nous cherchons des solutions sur les soins dentaires : le manque d'accès à ces soins est criant et nous n'avons aucun équipement ni locaux adaptés...

 

Zoom sur : 

Robert Allemand, responsable de l'antenne grenobloise, fait partie des bénévoles de Médecins du monde depuis 1998. Cet ancien militant du Mouvement français pour le Planning familial est également riche d'une expérience de 12 ans à l'étranger, du Kosovo à la Russie en passant par la Macédoine. « L’étranger développe les capacités cliniques car il faut palier le manque de matériel », rapporte-t-il. A 70 ans, Robert Allemand continue d'honorer le serment d'Hippocrate en recevant gracieusement, avec les autres bénévoles, les plus précaires. Son credo ? Faire vivre le slogan de Médecins du Monde « Soigner, témoigner »

 

 

 

1. L'antenne grenobloise de Médecins du Monde est financée à 70 % par les institutions locales : le conseil général, la ville de Grenoble, et la préfecture dans le cadre de la politique de la ville.

2. Alerte Isère est un regroupementd'associations issues de 4 collectifs (Radha, Un toit pour tous, la Fnars et le collectif des association de bénévoles de Grenoble)
 

Pratique :
Centre d'accueil de soin et d’orientation (CASO)

19, rue René Thomas
38000 Grenoble
Tél : 04 76 84 17 21 / Fax : 04 76 84 17 58
Email : mf.grenoble@medecinsdumonde.net

Jours et heures d'ouverture : lundi, mardi de 14h à 16h et vendredi de 9h30 à 11h30
Consultations sociales, soins infirmiers, consultations ophtalmologiques et consultations psychiatrique le jeudi de 14h à 16h.

A propos de l'auteur

Scop La Péniche

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