MakeSense : quand la société civile donne du sens à la peine de prison

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La peine a-t-elle un sens ? Et si oui, lequel ? Comment la société civile peut-elle agir pour lui donner du sens ? Autant de questions abordées par un panel d'experts mercredi dernier, lors d'une soirée-débat organisée par MakeSense Grenoble.

MakeSense : donner du sens à l'entreprenariat
 
La communauté MakeSense Grenoble émane d'une association internationale présente dans 120 villes. Celle-ci vise à créer du lien entre la société civile et des entrepreneurs sociaux. Mais qui sont ces entrepreneurs sociaux ? Jonathan Simonard, membre de la communauté MakeSense depuis deux ans, le définit comme : « un entrepreneur qui a identifié un besoin sociétal, environnemental ou social, sur un territoire donné et qui cherche un modèle économique viable pour faire perdurer sa structure et ainsi essayer de répondre le plus durablement aux besoins qu'il a détecté. » MakeSense cherche ainsi à créer du lien entre des membres de la société civile, qui ont souvent l'envie de s'engager sans savoir comment faire, et ces acteurs du changement.
 
Pour cela, le réseau MakeSense propose trois outils concrets :
- les MKSroom qui visent à créer du lien entre des acteurs locaux agissant sur une thématique précise,
- les Hold-up, ateliers de créativité rassemblant 16 à 20 personnes pour deux heures afin de réfléchir ensemble sur un problème rencontré par un entrepreneur social et pour lui proposer des solutions concrètes,
- les SenseFiction qui rassemblent autant de personnes que possible afin de travailler avec des outils de créativité, sur un ou deux jours, et de conceptualiser des projets à impact social.
 
Mercredi 27 septembre, MakeSense Grenoble organisait sa septième MKSroom en deux ans sur le thème de la prison, de ses alternatives et du rôle de la société civile quand il s'agit de donner du sens à la peine.
 
 
Quand sujets de société, musique et apéritif se mêlent le temps d'une soirée…
 
MakeSense a fait le pari audacieux de créer un événement convivial et chaleureux sur un thème difficile. Quatre-vingts personnes se sont ainsi réunies à l'espace Cowork In Grenoble pour une soirée-débat entre-coupée d'intermèdes musicaux. L'événement était co-animé par Sylvain Lhuissier, Délégué Général de Chantier Passerelle, une association visant au développement des alternatives à la prison.
 
Cinq intervenants, experts de la thématique, ont témoigné de leur expérience, partagé leurs connaissances et échangé avec le public sur la question :
- Stéphane Simon, aumônier de prison et animateur de rencontres restauratives pour l'Association Rhône-Alpes Auvergne pour la Justice Restaurative (ARAAJR),
- Alain Montigny, directeur fonctionnel du Service pénitentiaire d'insertion et de probation de l'Isère,
- Mohamed B., chef d'entreprise, témoignant de son parcours en détention,
- Annie Vuillermoz, directrice des bibliothèques de quartier de Grenoble et tutrice de travaux d'intérêt généraux (TIG),
- Sophie Louis, directrice de l'antenne de Grenoble du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP).
 
La discussion s'est terminée par la présentation de plusieurs acteurs locaux agissant en milieu pénitencier pour donner du sens à la peine.
 
Le tout prend fin autour d'un apéritif permettant aux participants d'aller à la rencontre des experts et des associations présentes ; toujours dans l'optique de mettre en relation les membres de la société civile avec des entrepreneurs sociaux.
 
 
Comment donner du sens à la peine ?
 
Mohamed B. explique « pour moi, il n'y avait pas de sens à ma peine. J'ai fait dix-huit mois fermes durant lesquels je n'ai vu aucun travailleur social, je n'ai pas pu intégrer une formation car il y avait très peu de places ». Il dénonce les risques de l'oisiveté, de ne rien avoir à faire et de se réfugier dans les paradis artificiels pour s’extraire d'une cellule dans laquelle il était enfermé vingt-trois heures sur vingt-quatre. Enfin, est évoqué le danger de la réponse unique à un problème pluriel, des situations générées par cette mixité entre criminels et petits délinquants.
 
Pourtant, des alternatives à la peine de prison ferme existent. Ainsi, Sophie Louis a présenté le dispositif des travaux d'intérêt généraux (TIG). La seule peine nécessitant l'accord de la personne condamnée pour pouvoir être prononcée par le juge ! Une personne condamnée à des heures de TIG (entre 20 et 240) accepte de mettre ce temps au profit de l'intérêt général au sain d'une association, d'une collectivité ou d'une entreprise de droit privé réalisant une mission de service public. En amont du placement dans une structure, le SPIP organise des rencontres tripartites entre l'organisme d'accueil, la personne condamnée et un conseiller du SPIP afin de s'assurer de la viabilité du placement. Annie Vuillermoz, tutrice de TIG au sein des bibliothèques de quartier, témoigne de la volonté de trouver des missions qui dépassent la simple manutention : réparation d'ouvrages, lecture à des enfants… Elle encourage ainsi d'autres structures à considérer l'accueil d'une personne en TIG et à ne pas confondre l'acte et la personne : « Accueillir un TIG, c'est donner du sens à la peine ! ».
 
Il existe également des dispositifs qui, à défaut de se substituer à la peine carcérale, contribuent à lui donner une signification. Parmi eux, la justice restaurative traite des conflits de nature à engendrer des répercussions graves (d’ordre personnel, familial et plus largement social) sur les personnes qui en sont les victimes ou les auteurs, leur entourage et les communautés auxquelles ils appartiennent. Si la justice restaurative existe au Canada depuis quarante ans, elle n'en est qu'à ses balbutiements en France. Stéphane Simon explique l'importance des rencontres condamnés/victimes dans la restauration de la confiance en soi et de la confiance en la société qui a failli à sa mission de protection. Ces rencontres peuvent être directes, la victime d'un crime rencontre son agresseur, ou indirect, une victime va rencontrer un condamné ayant commis des actes similaires à ceux qu'elle a subi. Ces rencontres permettent aux infracteurs de prendre conscience du trauma de la victime et elles sortent les victimes de leur seul statut de victime. Aucune compensation n'est offerte aux infracteurs qui y participent, il s'agit d'une démarche visant un apaisement personnel et collectif. Ce dispositif est sous l'autorité du magistrat et du SPIP ; il est complémentaire de la justice pénal. Les statistiques que nous offrent des pays mettant en place ces pratiques depuis plusieurs décennies sont sans appel : 30% de récidive en moins pour les participants à des médiations restauratives par rap­port aux non-participants !
 
 
Ainsi, si les prisons françaises présentent un taux d'occupation de 124 % et coûtent 100 euros par jour et par personne détenue à l’État, des alternatives existent ! Des outils dont la société civile peut se saisir pour donner du sens à la peine.

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