Le cercle de coopération économique WIR, une monnaie suisse depuis 1934

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Le cercle de coopération économique WIR est né, en Suisse, en 1934, afin de lutter contre les effets de la dépression sur les petites et moyennes entreprises (PME) faisant suite à la crise économique et monétaire des années 30. Son objectif est ainsi de promouvoir et de soutenir les PME. Actuellement en Suisse, une PME sur 5 utilise le WIR.

Des échanges entre PME facilités

Le WIR de « Wirtaschaft Ring », cercle économique en allemand mais aussi de « wir » signifiant « nous » en allemand, fonctionne à parité avec le franc suisse. C’est un système d’échange-marchandises entre des PME visant à faciliter les échanges entre ses membres, à travers la compensation des dettes et des créances, comptabilisés sur des comptes à partir d’une unité monétaire interne, le WIR. On fait donc une comparaison des dettes, plutôt qu’un paiement effectif en monnaie nationale : l’entreprise vendeuse reçoit un crédit en WIR et la société acheteuse le montant du débit correspondant. Les opérations sont centralisées au siège social de la banque WIR à Bâle. La monnaie étant totalement scripturale, les membres n’ont pas besoin d’argent liquide. Cela permet d’économiser du cash, de réduire le besoin des entreprises en fonds de roulement et de resserrer les liens commerciaux dans un groupe d’entreprises.

 

Complémentarité entre le WIR et le franc suisse

Le WIR a recours à une unité de valeur associée à une monnaie officielle, le franc suisse, mais elle n’est pas échangeable sans taxe ou pourcentage de sortie. Ceci contraint les membres à l’employer à l’intérieur du cercle de participants créant ainsi un circuit d’échange qui lui est propre. L’objectif est clairement d’établir un système qui promeuve la dépense des revenus dans le cercle d’entreprises afin d’éviter toutes fuites et de favoriser l’entraide et la coopération.
Les membres acquièrent des WIR soit en déposant des avoirs en monnaie suisse que la banque converti en monnaie WIR (sachant que l’inverse n’est pas possible), soit en vendant ou en achetant des biens et services auprès des autres PME membres du cercle, soit en faisant un emprunt en WIR a des taux, par ailleurs, très avantageux. La majeure partie des transactions sont bi-monétaires, c'est-à-dire à la fois en WIR et en franc suisse, et chaque PME détermine son propre taux d’acceptation de paiement en WIR en fonction de ce qu’elle peut à nouveau dépenser sans difficultés dans le cercle d’échange. Les transactions sont donc conclues en partie en monnaie nationale. 

 

Le caractère fondant de la monnaie améliore sa circulation

De plus, les avoirs en WIR possédés par les membres ne rapportent pas d’intérêt. Jusqu’en 1948, les avoirs étaient non seulement non rémunérés mais les WIR étaient fondants, c'est-à-dire qu’une taxe périodique était appliquée si les WIR ne circulaient pas dans le cercle de coopération. On impose ainsi des frais de conservation à la monnaie afin que celle-ci circule plus rapidement et ne soit pas stockée par les membres. Ce fonctionnement est empreint de la théorie développée par Silvio Gesell sur la monnaie franche (ou fondante), dont les fondateurs du WIR, une quinzaine de dirigeants de PME, se sont inspirés.

 

Des PME aux particuliers

Actuellement, la banque WIR compte plus de 60 000 PME participantes soit environ 1/5 des PME suisses. Les transactions en WIR atteignent 1,7 milliards de francs suisses soit environ 1,1 milliard d’euros et le système monétaire WIR représente 1% de la masse monétaire en circulation en francs suisses.
Depuis 1998, le système WIR suisse s’est transformé en banque coopérative, ajoutant à ses fonctions originelles, un système de crédit en WIR à des taux avantageux et propose des services bancaires classiques comme des placements. De plus, il s’est aussi ouvert au public des particuliers et met maintenant à disposition de ces clients une carte à puce WIR permettant de réaliser les paiements.
Ce dispositif est le seul survivant de la vague de création de systèmes d’échange-marchandises des années 30. Néanmoins, il y a eu une recrudescence de ces systèmes dans les années 80-90 surtout aux Etats-Unis et dans les pays anglo-saxons (beaucoup moins en Europe) sous le nom de Barter Club. Selon l’Internationale Reciprocal Trade Association, organisation qui encadre ces pratiques, il y aurait 600 systèmes Barter dans le monde.

 

Pour plus d’informations : http://www.wir.ch/

 

Par Marie Fare, doctorante à l'université de Lyon 2

 

A propos de l'auteur

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Le SOL est une monnaie, d'utilité sociale et écologique, implantée dans l'agglomération grenobloise. Au fil de ses quatre ans d'expérience, l’association Sol Alpin a réussi à démontrer l’intérêt d’une telle initiative sur le territoire grenoblois
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