Les monnaies sociales et complémentaires, une vieille histoire
Selon les chiffres des Nations Unies, le revenu des 225 personnes les plus fortunées de la planète équivaut aux revenus cumulés de 2,5 milliards d’êtres humains. Alors qu’il y a sur-monétarisation d’une minorité de la population, d’autres vivent en situation de sous-monétarisation et sont exclus de l’échange. D’où la notion de monnaie fondante, théorisée par Silvio Gesell en 1916, et qui a inspiré de nombreuses expériences de monnaies sociales, dont le SOL : la monnaie perdant de sa valeur au fil du temps, elle ne peut pas être accumulée. Elle n’est donc plus une fin en soi mais redevient un moyen au service de l’échange. La monnaie officielle n’est donc plus l’unique intermédiaire des échanges : il est possible de développer des échanges sans argent, ou à partir de l’émission de monnaies parallèles, qui reposent sur un autre calcul de la richesse.
Le WIR en Suisse, le Chiemgauer en Allemagne, les systèmes de troc argentins, les LETs canadiens, les banques de temps italiennes… et le SOL en France. D’après Jérôme Blanc, « il y a, au milieu de la décennie 2000, entre un demi-million et un million [d’adhérents à des systèmes de monnaies sociales], répartis dans plus de trois mille associations, situées dans une quarantaine de pays, pour l’essentiel en Occident, en Amérique latine et au Japon ».
Toutes ces expériences, aussi diverses soient-elles, apportent à leur manière des réponses aux dysfonctionnements de la monnaie officielle.
Pourquoi remettre en question nos indicateurs de richesse ?
Parce qu’ils comptabilisent positivement des activités destructrices sur le plan social ou écologique, à partir du moment où ces activités contribuent à la croissance économique. Par exemple, la marée noire de l’Erika, destructrice sur le plan écologique, a pourtant contribué à la croissance du produit intérieur brut (PIB), puisqu’elle a produit de l’activité économique. Au contraire, de multiples richesses non monétaires (activités domestiques, engagement bénévole), créatrices de bien-être, ne sont pas comptabilisées. La notion de richesse est subjective, puisqu’elle dépend du choix des indicateurs qui servent à la mesurer. Le choix des indicateurs économiques jouent sur l’opinion publique, et donc aussi sur la réalité sociale que chacun d’entre nous contribue à construire. Parce qu’il comptabilise quantitativement et qualitativement les échanges, le SOL peut être considéré comme étant un nouvel indicateur de richesse : il réintègre l’éthique dans l’économique.
Une monnaie au service du secteur de l’économie sociale et solidaire
Le secteur de l’économie sociale et solidaire participe à la transformation de notre société puisqu’il est, par définition, ouvert à l’innovation sociale. Secteur économique à part entière, plaçant l’humain au coeur de ses préoccupations, il est particulièrement adapté à l’expérimentation d’une monnaie solidaire qui participe à la promotion d’une économie au service des êtres humains. Le SOL s’inspire d’ailleurs des systèmes d’échanges nouveaux comme les systèmes d’échange locaux (SELs) ou les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs (RERS), qui mettent en avant le lien, plutôt que le bien. Le SOL va même au delà de ces expériences : il provoque la rencontre aussi bien entre organisations, entre individus, qu’entre organisations et individus et suppose que les acteurs locaux établissent des relations de coopération et de confiance entre eux. Le projet SOL s’inscrit donc pleinement dans la démarche de l’économie sociale et solidaire. En associant un système de fidélisation à la valorisation de comportements solidaires, le SOL dépasse la confrontation entre la logique commerciale et la logique sociale.
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