La crise de l'emploi : " Pas d'inquiétude dans l'associatif ! "

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Matthieu Hély, sociologue du travail associatif et de l'État social sera le 24 novembre à Valence (26), dans le cadre des Rencontres Solidaires. Intervenant à la conférence : « Le secteur associatif, acteur majeur de l'économie ? », il nous livre ici ses observations sur la transformation sociale du tissu associatif. Rencontre.

Le monde associatif est-il un secteur qui offre des débouchés d'emploi ?

Certainement oui ! En trente ans, le nombre d'emplois dans le secteur associatif a triplé; de 600 000 emplois au début des années 80, nous sommes passés à près de 2 millions en 2010. Une croissance exponentielle qui connaît cependant une légère diminution en 2011, liée à la conjoncture politique et économique. Elle s'explique par deux éléments majeurs : la suspension brutale des contrats aidés (à l'automne 2010), dont beaucoup d'associations étaient dépendantes, mais également la montée en puissance du volontariat au service civique. Ces missions n'étant pas considérées comme des emplois, ne rentrent donc pas dans les statistiques de l'emploi et jouent un rôle de substitution aux contrats classiques associatifs.

L'emploi associatif serait en danger ?

A mon sens, il n'y a pas de réelle inquiétude à avoir du point de vue des effectifs. Les contrats aidés vont repartir, les tendances lourdes de l'emploi associatif (services, action sociale et santé) continuent à se développer, et la transformation sociale des associations, intégrant des modèles de management d'entreprises privés, nécessitent de recruter, notamment des profils techniques.

Le salarié associatif est-il lui aussi en train de changer de profil ?

On constate une ressemblance de plus en plus marquée entre le salarié de la fonction publique territoriale et celui du milieu associatif. Cela s'explique par la nature et la diversité des missions de service public que proposent les associations (l'action social, la santé, l'éducation en particulier) mais aussi par la diminution des postes dans le public. On note par exemple que de jeunes actifs destinés à travailler dans la fonction territoriale débutent leur carrière dans le secteur associatif, sur des postes techniques et diplômés. Disons que l'associatif apparaît alors comme une alternative à la crise de la fonction publique.

Un vivier d'emploi... mais à quel prix ?

La précarité. Les emplois associatifs ne relèvent ni de l'ordre de la stabilité ni de la durabilité, il y a deux fois plus de CDD dans le secteur associatif que dans le secteur marchand et on est moins payé, toute chose égale par ailleurs,quand on travaille pour une association relevant de la loi de 1901. Cette précarité s'annonce renforcée avec la généralisation des financements sur appels d'offre, le recadrage des pouvoirs publics sur les prestations sociales et la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) qui s'appuie sur un financement en fonction de l'atteinte de résultats.

On a l'impression que le secteur associatif subit les décisions politiques. Comment peut-il faire pour peser davantage ?

En s'unifiant ! Ce qui n'est pas simple ! Si on considère le périmètre associatif, les institutions du monde associatif ont pour fonction de faire le tri entre « bonnes » et « mauvaises » associations, ce qui est politiquement très complexe. Il existe certes deux institutions nationales : le Haut Conseil de la Vie Associative (nomination des membres par l'État), et la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA), qui bénéficient d'une légitimité démocratique puisque les membres sont élus. Si elles revendiquent un dialogue civil, elles sont souvent consultées mais peu entendues. Une contradiction évidente de l'idéal de la société civilequ'elles incarnent.

Une solution concrète, à proposer ?

Si l'on considère que des financements sont attribués en fonction de résultats, pourquoi ne pas faire participer les associations dans le choix des indicateurs sur lesquels elles seront évaluées ? Ça sonne comme une évidence, mais aujourd'hui ça ne l'est pas. Par exemple, dans le secteur de l'insertion, certains financements sont octroyés en fonction du taux de sorties positives... La tentation de présélectionner ses publics pour atteindre les meilleurs résultats est alors forte pour certaines associations...Une opportunité de financement qui ne correspond plus à la logique de projet associatif.

 

En bref.

Un syndicat pour les associations

S'il existe déjà des syndicats dans certaines branches du tissu associatif, un nouveau venu a crée la surprise en 2010. Fondé majoritairement par des femmes, jeunes et diplômées, ASSO (Action des Salariés du Secteur AssOciatif)1 a la volonté de regrouper l'ensemble des salariés associatifs, tous secteurs confondus. Une première en France, qui témoigne d'une prise de conscience collective, de l'appartenance à un groupe social commun.

A propos de l'auteur

Scop La Péniche

La Turbine.Coop (anciennement scop La Péniche) est une entreprise coopérative portée par 6 salariés-associés.
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