L'inspecteur Harry Morgan se met au CAIRN

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Le Cairn, loin de se cantonner aux commerces locaux et alimentaires s’étend et développe son réseau de commerçants où l’utiliser.
« J’en avais entendu parler, comme tout le monde », Eric Repellin, gérant de la librairie Harry Morgan, à deux pas de la place Victor Hugo, évoque de façon très naturelle l’introduction de la monnaie locale dans sa boutique, 15 jours après son lancement officiel dans l’agglomération grenobloise mi-octobre 2017. Féru de BD, la façade jaune de son commerce est percutante, rue Millet. Elle arbore un portrait noir et blanc d'Harry Morgan, personnage principal d’un roman d’Ernest Hemingway. Il précise pourtant qu’il a été démarché en premier lieu par l’association qui gère la monnaie : l’association Le Cairn, Monnaie locale et citoyenne.  Adossé à la valeur de l’euro (d’où la dénomination de monnaie « complémentaire »), c’est pour lui simplement un moyen monétaire comme un autre : chèques, espèces ou carte bleue. A une différence près, il faut réussir à les remettre en circulation, c’est-à-dire à les écouler.
 
 
Écouler du Cairn, pas une mince affaire
 
« C’est compliqué de les dépenser pour l’instant » cède-t-il. Les commerçants où il a ses habitudes ne l’acceptent pas encore, et puis lui, commerçant également, travaille aux mêmes horaires que ses confrères. Pour dépenser, c’est moins pratique. C’est pourquoi, il attend des commerces de proximité son utilisation, « Je dépense très peu »
 
Utiliser cette nouvelle monnaie, il l’a fait avec conviction. Il explique, en effet, que l’accepter relève pour un commerçant du geste militant et témoigne d’une réelle volonté de valoriser ce système d’échange monétaire, assez spécifique. Car si Eric Repellin ne remet pas en cause l’argent à proprement parler, « s’affranchir du système monétaire d’aujourd’hui est tout aussi important ». Pour l’instant, il stocke les 500 cairns récoltés depuis leurs lancements, à la librairie, comme fond de caisse. Les coupons où sont apposés le logo d’amas de pierres servant de repères aux randonneurs, deviennent donc trésorerie en attendant de circuler plus aisément.
 
 
Le poids de la commission
 
Même s’il s’est lancé avec conviction dans l’aventure, retransformer les cairns en euros ne le satisfait pas, car une commission, même faible, serait alors prélevée. Il énumère : 5 % de remise sont cédés aux clients fidèles… ou en voie de fidélisation (la quasi-totalité), 3 % vont au règlement des frais de port des bouquins, 0.6% représente la commission pour l’utilisation de la carte bleue lors des paiements (la majorité, dont la somme finale s’élève à pas moins de 50 euros par mois). Au final, 10 à 15% du prix de vente lui reviennent vraiment en poche. L’application de 2,5% de commission n’est donc pas envisageable. Pour l’instant, il lui est impossible de les dépenser chez ses fournisseurs, de grands éditeurs nationaux, principalement. Et, d’après lui, « ça n’arrivera jamais ».
 
La solution actuellement en négociation par l’association, résiderait dans la possibilité de régler des factures, de gaz par exemple, en cairns. Ces dispositions font écho aux premières que les promoteurs bénévoles du cairn avaient envisagées : négocier avec les institutions, en premier lieu la Ville, afin que les services publics l’utilisent et garantissent sa plus large diffusion.
 
En attendant, Eric Repellin a bien pensé les utiliser auprès de supérettes (il existe d’ailleurs un supermarché collaboratif qui les acceptent : l’élèfàn), ou auprès de son fromager, dans des épiceries ou encore au marché de l’estacade. Mais il se demande encore qui les prendrait effectivement. Il réfléchit surtout en termes « pratique » et de localisation : toucher en priorité son quartier. Au pire des cas, dit-il, il paiera la commission.
 
 
 
Devenir un bureau de change ?
 
Il a cependant envisagé une autre solution : devenir un comptoir de change, car c’est auprès de ces opérateurs marchands que les euros s’échangent contre des cairns. Il en existe pour le moment cinq sur Grenoble. Cela lui permettrait de faire venir du monde, cependant, il ne sait pas encore si cela aurait un impact quant à l’écoulement de ses propres cairns. 
Le gérant, pas si éloigné du portrait de sa devanture : couvre-chef sur un œil, cigarette au bec, rappelle que même si le réseau de commerçants s’est bien développé depuis octobre, il reste encore un besoin prégnant à diffuser le recours aux cairns. Pour y remédier, développer un maximum la communication, « en parler » est primordial. D’ailleurs, des clients l’ont aussi découvert grâce à la monnaie locale.
 
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