Une descente aux enfers
Affaibli psychologiquement, moralement et physiquement, le chômeur de longue durée est en lutte permanente avec ses angoisses quotidiennes. Trouver du travail finit à la longue par devenir secondaire : Comment payer le loyer, se chauffer, se vêtir, manger, éduquer ses enfants ? Après avoir essuyé quatre licenciements pour raisons économiques, le fondateur de Gallo, Christian Devaux, 55 ans, connaît bien la descente aux enfers d’un chômage prolongé. Ayant commencé à travaillé à 16 ans, il se fait remercié une première fois après 20 ans d’ancienneté. Encore jeune et énergique, il ne perd pas tout de suite confiance. Les recherches se prolongent pourtant pendant deux ans. Il trouve enfin, mais retombe vite dans le même schéma au bout d’un an à peine. Les deux expériences qui suivent se ressemblent étrangement jusqu’à son dernier licenciement en 1991… S’en suivent de sombres années jusqu’au mouvement des chômeurs de 1998 où il rencontre nombre de personnes, en perte d’identité, à la dérive. L’idée émerge alors de faire quelque chose ensemble.
Passage à l’acte
Dominique Gallo, un ancien camarade de travail qui a connu un parcours similaire meurt quelques années plus tard. Pour Christian, c’est le déclic. Comme un symbole et un hommage, le nom de l’association est dès lors tout trouvé, et vite décliné en « Groupement d’activités locales libres et ouvertes ». Avec un petit groupe de copains motivés, il entreprend une tournée des centres sociaux et se fait accompagner par l’ACEISP pour créer l’association en septembre 2003. Désormais épaulée par l’association Solidarité Nouvelle Contre le Chômage, l’association développe ses projets.
De la libre expression à la reconstruction
Brisés, destructurés, les chômeurs de longue durée ont avant tout besoin de confiance, de sympathie, de convivialité. Reconstruire l’individu, lui reconnaître ses capacités, ses compétences passe d’abord par une certaine liberté de parole pour qu’il puisse lui-même se départir de cette étiquette de parasite dont on l’affuble et à laquelle il finit par croire. L’association commence ainsi par créer un atelier d’écriture, puis un atelier d’expression orale, un atelier d’illustration, et enfin d’arts graphiques. Chacun d’eux ne compte pas plus de 8 à 12 personnes. Il s’agit que l’environnement reste humain, confidentiel.
Une exposition au Musée de la Résistance
L’énergie créatrice née des ateliers méritait bien une reconnaissance. L’association ayant noué des liens avec les Arts du récit en Isère, naît l’idée de monter un projet autour de la mémoire à l’occasion d’une exposition : « Rompre le silence, mémoires de chômeurs de l’Isère », qui se tiendra au Musée de la Résistance, de fin octobre à mars 2008.
Subventionnée par le Conseil général de l’Isère et en partenariat avec la Direction du patrimoine de l’Isère, la CLI de Grenoble et avec la participation de la Mairie de Grenoble, l’exposition regroupera des témoignages écrits et oraux recueillis par Gallo au cours de ses ateliers d’expression orale, des photographies des archives départementales, un film vidéo sur Gallo réalisé avec l’association « Plan Séquence », et d’autres animations.
Un texte de préambule annonce la couleur : l’exposition « témoignera de la vie de ces hommes et de ces femmes, qui ne sont pas des profiteurs du système, des resquilleurs, des bons à rien qui ne veulent pas travailler. Elle raconte des personnes aux prises avec les aléas de l’existence, des personnes qui souvent ont occupé des emplois pénibles, peu qualifiés, mal payés. Qui ont subi des restructurations économiques, pressions, harcèlements, licenciements, fermetures d’usine... Des individus qui, avançant en âge, fatigués, malmenés, se sont retrouvés dans des situations de chômage longue durée, dans la pauvreté, la souffrance morale, l’isolement... »
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