Et si vous vous accordiez le luxe d'échanger des services ?

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Connaissez-vous l'accorderie de Grenoble ? 
Ne cherchez pas à y aller pour faire accorder vos instruments. Ici, ce ne sont pas des instruments mais des services que l'on s'accorde les uns les autres.
Née dans le sillage des accorderies québéquoises, et des premières accorderies françaises de Paris et Chambéry, l'accorderie de Grenoble, baptisée «L'Echange'heure», a vu le jour en mars 2014. Six mois seulement après sa création, elle compte déjà une centaine d'adhérents actifs. Reportage sur cette association et ce concept venu d'outre-Atlantique, qui n'a pas finit de faire parler de lui.

 

Qu'est-ce qu'une accorderie ?

Le principe : une accorderie est un lieu qui permet l'échange de services entre les différents adhérents, les « accordeurs ». 
La subtilité ? A la différence d'autres systèmes d'échange (comme les SEL par exemple), l'échange est toujours calculé sur le temps passé à rendre un service et non pas sur sa valeur économique ou morale. Une heure = une heure, quel que soit le service : comptabilité, ménage, balade en montagne ou partie de scrabble ! C'est le premier des 5 principes de base inscrits dans la Charte des accorderies.
 
 
 
 
Certaines restrictions existent. Un accordeur ne peut pas proposer un service pour lequel il est rémunéré par ailleurs, ou pour lequel il a été rémunéré au cours de son activité professionnelle. La question se tranche au cas par cas. « Je propose un aide à la gestion de budget. Au début l'animatrice m'a dit qu'elle n'était pas sure de pouvoir accepter ma proposition car c'est un service qui est très proche de mon activité professionnelle. Mais on s'est rendu-compte que c'était assez différent, car dans le cadre professionnel, je ne m'adresse qu'à des entreprises, pas à des particuliers. »
 
 

 

Augmenter le pouvoir d'agir

L'objectif premier est de permettre à des personnes ayant peu de moyens financiers d'accéder à des services qu'ils ne pourraient pas s'offrir autrement. L'accorderie est ainsi un moyen de lutter contre la pauvreté et l'exclusion, tout en recréant du lien social à l'échelle du quartier et de la ville. Une des grandes réussites des accorderies réside dans la mixité qu’elles génèrent, en encouragent des échanges dans la communauté locale entre des personnes d’âges, de classes sociales, de nationalités et de sexes différents. L’action de l’accorderie repose sur des valeurs d’égalité, de solidarité et de reconnaissance des compétences et des talents de tous les citoyens et citoyennes qui deviennent accordeurs. Elle encourage son autogestion par les accordeurs eux-mêmes : chacun a la possibilité de s’investir dans la vie de l'association en étant toujours rémunéré en chèque temps.
 
 

Concrètement, ça marche comment ?

Chaque accordeur a un compte temps, sur lequel vont lui être débitées et créditées les heures de service utilisées ou rendues. L'accordeur qui effectue par exemple une heure de dépannage informatique se voit attribuer un crédit de temps, via un chèque, qu’il peut ensuite utiliser comme bon lui semble pour obtenir l’un des services proposés par d’autres accordeurs de son quartier. 
« Au départ quand on s'inscrit, notre compte est crédité de 15 heures. C'est pour faire tomber la barrière psychologique... Souvent on utilise plusieurs fois des services avant d'en proposer soi-même. Les 15 heures, ça permet de ne pas être dans le négatif dès le début ! »
 
Une fois connecté à son compte, l'accordeur peut voir son solde d'heures, ainsi que la liste des services proposés par la communauté des accordeurs. A Grenoble, ce sont plus de 200 services proposés aujourd'hui, allant de la garde d'enfants, aller faire une balade le week-end, faire les courses, être partenaire de scrabble.
« Moi je propose des cours de tango. Bon... je ne suis pas un professionnel, juste un passionné depuis 20 ans. Je le dis toujours à ceux qui me contactent, je leur dis je vous préviens, je danse le tango... à ma façon ! C'est pas du tango comme on l'apprend à l'école, mais avec ça on peut danser le tango partout ! »
 
Si l'accordeur est intéressé par un service, il prend contact avec la personne qui le propose, puis convient avec elle d'un rendez-vous et d'un nombre d'heure. Si aucun des services proposés ne correspond à son besoin, l'accordeur peut créer un nouveau besoin. A côté de la liste des services proposés s'affiche donc une autre liste, celle des services demandés.
 
Sophie, l'animatrice du lieu, accueille les accordeurs, veille à ce que les échanges se passent bien, débite et crédite les comptes, et anime les temps collectifs conviviaux. « Un service, c'est toujours l'occasion de passer du temps ensemble. C'est aussi mon rôle de le rappeler parfois. L'aspect convivialité est primordial ».
 
 
 

Un échange à plusieurs niveaux

La Charte détaille 3 niveaux d’échange : 
→ l’échange individuel,
→ les activités collectives d’échange
→ l’échange associatif : il s'agit des services achetés en heures par l’accorderie à un ou plusieurs accordeurs pour couvrir les besoins d’organisation et de fonctionnement ou ses activités courantes.
 
 
 
 
 
Aujourd'hui, c'est atelier boucle d'oreilles à l'accorderie, une bonne illustration de cette dimension d'échange associatif. Quelques accordeurs réalisent des boucles d'oreilles, qui seront vendues au profit de l'association. En échange, ils verront leur compte crédité de temps en fonction du temps qu'ils ont passé à l'atelier. Une dizaine de personnes sont présentes, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, français et étrangers, tous affairés autour de la table. Sur la table, des noyaux d'abricots, des coques de noix, des perles de toutes les couleurs et toutes les formes, des bouts de colliers, des plumes... Chacun a fait ses fonds de tiroir et a apporté ici des trésors qui pourraient servir à fabriquer des boucles d'oreilles. L'occasion de laisser libre cours à sa créativité ! Aziz est venu avec une boîte d'allumettes, des chutes de tissu coloré, une ponceuse et un tube de colle. Improvisé expert du jour, il donne des conseils, vérifie les nœuds, encourage… ces ateliers sont aussi des moments de partage, des espaces privilégiés pour créer du lien, parfois sortir d'une solitude. Ils participent à la convivialité et l'animation de l'accorderie, en permettant aux accordeurs de se rencontrer et de se connaître : « on va plus facilement faire des échanges de service avec quelqu'un une fois qu'on se connaît ».
 
L'accorderie de Grenoble propose d'autres temps conviviaux : sortie châtaigne ou cueillette, soirées conviviales, atelier chant…
 
« Ce que m'apporte l'accorderie ? Quelque part, c'est un bien être. Plutôt que de s'embêter chez soi… ça me sort de ma solitude. »
 
 

L'Echange'heure

L’accorderie de Grenoble est née d’un collectif de porteurs de projet qui se sont rencontrés lors d’une réunion d’information en janvier 2013. L’Umij (Union Mutualiste pour l'Habitat et l'Insertion des Jeunes), très engagée dans la création de l’accorderie, avait déjà expérimenté le concept au sein de ses foyers de jeunes travailleurs dès 2011. D’autres structures telles que l’Opac38, le Secours Catholique, le Sol Alpin, la Régie de quartier Villeneuve-Village Olympique, les Forum territoriaux RSA ont rejoint le collectif, ainsi que divers futurs Accordeurs.
L’association « Echange’heures » a été créée en Mai 2013, et a obtenu le label « accorderie » en novembre 2013. L’Accorderie de Grenoble a ouvert ses portes en Mars 2014 après l’installation du local à La Villeneuve de Grenoble, et l’embauche d’une salariée.
 

Petite histoire des accorderies

Crée au début des années 2000 au Canada, ce concept a eu un tel succès qu’il a traversé l’Atlantique pour se développer en France il y a quelques années. En 2011, les accorderies investissent le territoire français, suite à un partenariat entre le Réseau Accorderie du Québec et la Fondation Macif. La convention entre les deux partenaires a prévu la transmission à la Fondation Macif de la propriété intellectuelle du concept et des outils de gestion pour le territoire français. L’implantation progressive de ce concept commence par le démarrage de deux Accorderies, à Paris (19ème arrondissement) et à Chambéry (Savoie) en 2011, et se poursuit à Die, dans d'autres arrondissements de Paris (14e, 18e, Grand-Belleville), Surgères, Bordeaux, Grenoble, Ambérieu en Bugey, Montpellier, Lille, et la toute dernière née, Limoges, qui porte le nombre des accorderies françaises à 13 à ce jour !
 

Un projet d’Accorderie ?

L’accorderie est de par sa nature un projet collectif  qui doit être porté par un groupe inscrit et mobilisé localement. Pour vous aider à mettre en place le projet, le Réseau des Accorderies de France propose deux à trois réunions d’information par an, première porte du processus d’accompagnement vers la labellisation. En savoir plus ? C'est ici.
 

Pour aller plus loin

Interview vidéo de Joel Lebosset, fondateur de l'accorderie de Québec
> Reportage France 3 sur l'accorderie de Chambéry 
> Téléchargez la charte des accorderies françaises ci-dessous
 
 
 
 
 
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Portfolio

Le résultat de l'atelier !

A propos de l'auteur

Scop La Péniche

La Scop la Péniche administre les contenus proposés sur les sites de la plateforme Rhone-Alpesolidaires.

Elle assure l'animation éditoriale de cet outil de communication mutualisé par et pour les structures de l'économie sociale et solidaire et de l'entrepreneuriat social.

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