Et si les habitants géraient leur propre budget ?
Source : AlpeSolidaires
Supposons qu’une part du budget municipal soit confiée à des groupes d’habitants pour la réalisation de projets pensés, élaborés et contrôlés par ceux-ci en accord avec les instances de la ville. Une pure utopie ? Qui se réalise dans de nombreuses villes d’Amérique du Sud depuis une vingtaine d’années. Et ici dans l’agglo ? Nous n’en sommes pas encore là. Les échanges du 4e Laboratoire des pratiques participatives auront permis ce constat par effet de miroir. Mais plusieurs communes innovent dans le cadre de la participation car si la démocratie constitue une méthode, elle prend des formes propres aux lieux où elle s’exerce.
Le 4ème laboratoire des pratiques participatives de l’agglomération s’est déroulé le 25 juin dernier à la salle Picasso d’Echirolles. Animé par les Arpenteurs, il a rassemblé de nombreux techniciens des communes, des associations et des habitants de l’agglomération sur le thème du budget participatif. La présentation de l’exemple sud américain par Patrick Bodart de l’organisation belge Périferia a ouvert des perspectives qui ont mis en appétit avant une revue de détails de plusieurs dispositifs communaux de financement d’instances participatives. Après la pause autour du buffet préparé par l’Apase, les échanges proposaient d’explorer hors de toutes contraintes ce que pourrait être un budget participatif « idéal » ; son objectif, son organisation, son budget … mais le réel, cette fois encore, a rattrappé les rêveurs (voir le film qui a été réalisé au cours de la réunion).
Quelle place pour un budget dans le dispositif participatif ?
Dans le cadre de la participation, le budget parait pouvoir rendre plus concret les enjeux des instances participatives souvent taxées de cercle de concertation alibi. En ce début de mandature, le budget participatif questionne tout particulièrement la place et la légitimité des instances participatives à côté de la démocratie représentative. Instaurées pour accompagner les politiques locales dans une plus grande proximité avec les citoyens, les instances participatives se veulent des lieux d’apprentissage à la vie de la cité, à la décision collective, au consensus des besoins et des possibles pour des habitants devenus « adultes ». Mais par quel bout commencer ? Vaut-il mieux élaborer le projet avec les habitants et construire son financement ensuite ou commencer par susciter l’intérêt sur des budgets déjà disponibles ?
Le budget participatif version sud américaine
« Qui mieux que nous connaît nos problèmes et la meilleure façon d’y répondre ? ». Ce constat porté par les citadins s’est concrétisé dans plusieurs pays sud-américains par la gestion de 1 % à 10 % du budget municipal selon les cas. Les habitants organisés en instances représentatives de quartier ou en conseils font valoir leurs besoins les plus criants. Viabiliser la rue, construire une école ou un dispensaire, installer des agriculteurs en ville, les projets touchent à tous les aspects de la vie quotidienne et constituent des réponses locales aux problèmes locaux. L’équilibre entre les quartiers est assuré par des instances à l’échelle de la ville où les décisions sont prises au consensus. Les habitants se forment et apprennent à prendre des décisions pour l’intérêt de tous. Ils vivent par leur engagement une expérience sociale et humaine unique.
Et dans l’agglo ?
A Grenoble, Fontaine, Eybens, Echirolles ou anciennement à Pont de Claix, le financement d’initiatives d’habitants a pour cadre les instances participatives des communes ; enveloppe d’union de quartier, fonds de participation des habitants, conseil budgétaire… Les budgets sont préétablis et réservés dans leur plus grande partie à de l’investissement. Les thèmes d’intervention sont en lien avec les politiques locales : animation de quartier, accessibilité, mobilité, jeunesse ou développement durable. Des thèmes souvent déjà pris en charge dans le budget municipal, ce qui laissent ces enveloppes finalement non-utilisées, faute de réel objet.
Quels risques ?
Le développement d’un dispositif participatif concomitant aux instances représentatives pose questions aux élus et techniciens des communes. Les débats auront rappelé que le nerf de l’action démocratique tient dans les moyens financiers mis au débat, et partant, que la mobilisation des habitants est fonction de l’enjeu réel de la décision à prendre. Car si l’implication des habitants passe par la gestion d’un budget, comment éviter que le projet citoyen ne s’émancipe et prenne un tour plus revendicatif. Si le budget participatif peut porter l’animation d’un dispositif participatif local, le budget municipal n’est pas prêt de servir de terrain de jeu pacifié à des formules démocratiques locales diversifiées. Le budget participatif ouvre pourtant des perspectives intéressantes en terme de relocalisation de solutions en réponse aux effets globaux de l’économie, ainsi qu’en terme de développement d’une économie sociale et solidaire, a finalement évoqué Patrick Bodart.
Le Laboratoire des pratiques participatives poursuivra son travail avec les acteurs de l'agglomération et programme un séminaire dés la rentrée 20008. Rendez-vous sur www.alpesolidaires.org.
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