Des clefs pour comprendre la demande sociale
Source : AlpeSolidaires
Se loger : personne n’échappe à cette nécessité ; et qui recherche un logement sera confronté d’abord à la loi du marché, dont l’offre à la vente ou à la location est souvent inaccessible pour les plus modestes. De là, le logement devient aussi une affaire publique et politique, dès lors qu’un nombre important de personnes ne peut prétendre accéder au logement par la voie privée. Comment, dans ces conditions, la solidarité associative peut-elle aider les deux sphères (publique et privée) pour trouver des solutions décentes et adaptées à de faibles budgets ? Si l’Etat demeure (et doit rester) le garant du droit au logement, la décentralisation donne une grande importance au volontarisme et à la cohésion des actions locales.
Les demandeurs de logement social sont des ménages qui n’ont pas les moyens de devenir propriétaires ni d’accéder à une location au prix du marché. Concrètement, la part de revenus consacrée au logement est globalement d’environ 25% pour les ménages français en 2005 (ce chiffre est d’ailleurs un niveau historique), cependant que les ménages les plus modestes doivent y consacrer de 40 à 50% du revenu (ce qui est une proportion supérieure à celle recommandée pour un budget équilibré).
A partir de ce constat, il faut considérer deux paramètres : la composition et les évolutions de la population demandant un logement social. La composition d’abord, peut se diviser en trois catégories, selon le niveau de revenu . Chaque catégorie relève d’un type de logement spécifique : première catégorie, les classes pauvre et populaire (qui perçoivent une Aide Personnelle au Logement), qui pourront prétendre à être logées dans un logement produit en PLAI ou en PLUS. Ensuite, les classes moyennes modestes pouvant prétendre au même type de logement, mais sans les Aides au Logement. Enfin, les classes moyennes intermédiaires : elles entreront dans un logement financé en PLS, au prix d’un effort financier supérieur à 25% du revenu.
Les évolutions récentes de la population demandant un logement social sont notables et inquiétantes : augmentation du nombre de demandeurs, du fait notamment de la hausse incessante du marché immobilier et des charges afférentes au logement. Une partie de la classe moyenne subit un déclassement depuis une vingtaine d’années (on peut mesurer ce déclassement à l’impossibilité ou à la difficulté de constituer un patrimoine ou de louer). A ce propos, il faut noter que seul 10% de la population a un revenu supérieur à 3000 Euros, ce niveau de revenu est donc fort mal nommé salaire de classe moyenne.
De ce fait, on note parmi les demandeurs de logement une augmentation alarmante du nombre de personnes non logées, y compris des personnes insérées socialement. S’y ajoute un afflux croissant d’étrangers en attente d’un titre de séjour (qui , notons-le, peuvent aussi être des travailleurs, réguliers ou non).
En outre, compte tenu de l’augmentation du non logement et de la fragilisation des classes modestes, la demande d’hébergement a elle aussi explosé : un travail social rigoureux doit inclure cette demande d’hébergement dans la demande de logement, en considérant que l’hébergement est une réponse à l’urgence mais ne doit pas fonctionner comme un système parallèle à celui du logement. Pour autant, il ne s’agit pas de confondre le droit au logement et le droit à l’hébergement. Enfin, notons que si le besoin de logement social se fait criant, la demande qui lui correspond est difficile à mesurer avec précision, car elle n’est pas forcément exprimée par les intéressés, dès lors que la dégradation des conditions de vie leur fera renoncer à recourir au droit (droit au logement en général, à un hébergement, à bénéficier de soins, sans parler de l’exercice du droit de vote). Le nombre de personnes qui ne demandent plus rien à la société est à considérer sérieusement, surtout là où la réclamation régit les comportements ordinaires. La façon dont la demande de logement s’exprime (et par qui elle est portée) dans la société n’est pas sans incidence sur les réponses qu’elle recevra du politique et de la société elle-même. Ce qu’a pu révéler l’épisode des Enfants de Don Quichotte en Décembre 2006.
En tout état de cause, diverses enquêtes faites autour de 2001 recensent environ un million de personnes non logées ou privées de domicile personnel ; en tout, plus de trois millions de personnes souffrent d’une problématique forte de mal-logement (c’est-à-dire privées de domicile personnel ou connaissant des conditions de logement très difficiles).
L’agglomération grenobloise connaît comme le reste de la France des phénomènes démographiques, économiques et sociaux qui ont des effets structurels sur les besoins en logement. Cependant la crise du logement est particulièrement aiguë dans l’agglomération qui connaît un fort niveau de solvabilité globale du fait de la présence sur le territoire d’un pôle haute technologie et d’un pôle universitaire qui tire le marché foncier à la hausse. En 4 ans, les prix des loyers ont gagné 15 % (rapport de l’observatoire de l’habitat 2004). Le loyer moyen sur l’ensemble du parc locatif privé s’élève en moyenne à 7,5 € /m2 et le loyer à la relocation est de 9 €/ m2. Même si des différences existent entre les différentes communes de l’agglomération, celle de Grenoble se place comme l’agglomération de Province ayant connu la plus forte hausse depuis 2003 derrière Aix-en-Provence et Rennes mais devant Toulouse et Bordeaux. Cette situation met hors de portée l’accès au logement d’une partie de la population. En 2004 seules 16,8 % des demandes en logement social étaient satisfaites dans l’agglomération.
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