Cycle « Monnaies Locales Complémentaires » #1 : historique

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Début 2019, 76 Monnaies Locales Complémentaires (MLC) circulent en France aux côtés de l'euro, et une vingtaine de projets sont en gestation. Il existe plus de 5000 monnaies alternatives sur la planète. En parallèle de la mondialisation de la finance et des transactions apparaît un mouvement international de relocalisation de la monnaie. Pourquoi ce boom actuel ? Comment ça marche ? À quoi ça sert ?

Alpes Solidaires entame ici un cycle d'exploration de ce mouvement des MLC. Ce premier volet s'attache à en raconter l'histoire. Un point nécessaire car le sens donné aux monnaies locales évolue au fil des besoins émergeants des époques.

L'unification du système monétaire depuis deux siècles, situation inédite dans l'Histoire

Depuis l'Antiquité égyptienne, les monnaies étatiques étaient faites de métaux précieux. À leurs côtés co-existaient des monnaies servant aux échanges du quotidien. L'existence d'une monnaie unique pour traiter tous les échanges est donc plutôt à considérer comme une situation exceptionnelle dans l'Histoire. Les monnaies locales étaient ainsi courantes au Moyen-Âge. Certaines villes émettaient des monnaies complémentaies de la monnaie royale qui avait cours sur tout le territoire. À titre d'exemple il y a eu jusqu'à 17 monnaies locales dans le Languedoc du milieu du Moyen-Âge. Le système monétaire français n'a été unifié qu'en 1795 avec l'instauration du franc, qui aura cours jusqu'en 1998.
 

Années 1930 : des monnaies locales pour relancer le pouvoir d'achat

Les premières expériences contemporaines de monnaies complémentaires territoriales remontent à la crise des années 1930. Elles répondent alors à un besoin pressant d'augmenter le pouvoir d'achat. En ces temps de crise, ceux qui avaient de l'argent avaient tendance à le thésauriser « au cas où ». Ce ralentissement de la circulation aggravait la crise. Il aurait fallu au contraire qu'ils dépensent pour relancer la consommation, et donc aussi la production, le marché de l'emploi, le pouvoir d'achat.

La première monaie locale, le wära, a été émise en Bavière et distribuée en salaire aux ouvriers d'une ville minière dès 1930. Pour éviter ce phénomène de thésaurisation, la monnaie était « fondante », c'est-à-dire qu'elle perdait chaque mois 1 % de sa valeur. L'obligation de circulation de l'argent a eu de spectaculaires résultats sur l'économie locale.

Une dizaine d'expériences verront par la suite le jour en Europe. À chaque fois cependant, les États concernés ont fait cesser l'expérience sur soupçon de fraude fiscale, malgré l'amélioration ressentie par les populations dans leurs capacités à commercer.
 

Vers la réappropriation citoyenne de l'économie

La France des années 90 connaît le boom des S.E.L. (Systèmes d'Échanges Locaux, voir notre article sur celui de Saint-Martin-d'Hères). Des groupes de personnes échangent des biens et services, souvent sur la base de la « valeur temps ». Des monnaies internes sont créées, mais qui posent la question de l'échelle, puisque valables uniquement à l'intérieur du Sel. Ce type de monnaie locale n'est pas appelée « complémentaire » car elle n'est pas convertible et garantie en euro.

Il faut attendre 2006 pour que la première monnaie complémentaire (c'est-à-dire adossée à l'euro) voit le jour en France : le sol. Cette monnaie est dédiée aux activités de l'Économie Sociale et Solidaire, sur tout le territoire. Le système reste marginal car complexe et « venant d'en haut ». L'expérience du sol alpin à Grenoble a ainsi tourné court alors que le sol-violette connaît un fort succès à Toulouse. Echec ou réussite, l'expérience démontre qu'il est possible d'orienter les monnaies en fonction de valeurs.

En 2002, un professeur de lycée allemand crée le chimgauer avec ses élèves qui réunit jusqu'à 3000 particuliers et 820 commerces. Le succès retentit jusqu'en France. L'exemple est donné : une monnaie complémentaire peut être crée « d'en-bas ». Un groupe local lance l'abeille en 2010 à Villeneuve-sur-Garonne (47). S'enclenche alors la dynamique actuelle, appuyée par les mouvements des Villes en transition et des Colibris, qui promeuvent aussi les monnaies locales.

La loi no 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire encadre l'utilisation de monnaies locales complémentaires (article 16) : la France devient le premier pays au monde à reconnaître légalement les MLC, dès lors qu’elles sont à l’initiative de structures relevant de l’ESS.

 

 

La logique actuelle est donc différente des années trente : l'objectif pour les créateurs de monnaies locales n'est plus uniquement d'augmenter le pouvoir d'achat. Le but est plutôt d'adosser la monnaie à des valeurs fortes. Il s'agit de relocaliser l'économie et de lutter contre la spéculation ; de favoriser une consommation respectueuse de la nature et des Hommes et de se réapproprier la question politique de la monnaie ; de créer du lien social et de la confiance en l'autre. En somme de créer une richesse hors de la logique purement financière.

La monnaie redevenue un bien commun, les citoyens peuvent l'utiliser comme outil pédagoqiue afin d'établir un nouveau pacte social des richesses. À sens donné spécifique, fonctionnement particulier. Ce sera l'objet du deuxième volet de ce cycle à venir prochainement : « Monnaies Locales Complémentaires » #2 : définition et fonctionnement

 

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