Créer son entreprise en SCOP après une liquidation judiciaire

Thématiques : 
99 lectures
En 2011, A2C, grand magasin photo Grenoblois est mis en liquidation judiciaire et ferme ses portes. Un matin comme les autres, Jean-Louis et Ludovic arrivent sur leur lieu de travail et apprennent soudainement la fermeture de leur entreprise. Ils préviennent aussitôt les clients, tentent de sauver ce qui peut l’être, les tirages en cours, le matériel en dépôt-vente, avant que tout ne soit scellé et inaccessible. Passé le choc de l’annonce, ils décident de monter ensemble leur entreprise. Neuf mois plus tard, ils ouvrent les portes de l’Atelier Photo 38. Ludovic, l’actuel gérant-associé, nous raconte leur parcours et ce que la SCOP a changé dans leur façon de travailler.

Neuf mois pour se lancer !

Après une liquidation judiciaire, les salariés licenciés conservent leur salaire à taux plein pendant un an afin de pouvoir se retourner. Mais Ludovic et Jean-Louis ont conscience, dès le départ, qu’ils doivent aller vite pour monter leur entreprise.

L’aventure commence dans un local prêté par un ami de Ludovic. Après l’achat d’un traceur, Ludovic réalise ses premiers tirages photo pour d’anciens clients d’A2C en auto-entrepreneur. En parallèle, il recherche avec Jean-Louis un local plus adapté, pour une solution pérenne. Neuf mois après la liquidation judiciaire d’A2C, ils ouvrent les portes de l’Atelier Photo 38, à 200 m de l’ancien magasin. Un choix stratégique qui leur permet de conserver une bonne partie de la clientèle.

 
 

Le choix de la SCOP

Ludovic connaissait ce statut par l’intermédiaire de copains qui s’étaient montés en SCOP. Ce choix était pour lui, comme pour Jean-Louis une évidence.

« Chez A2C, en tant que salariés, nous avions vécu de l’intérieur les tensions créées par le manque de communication de la direction, les disparités de salaires et d’horaires entre salariés, l’absence d’implication des équipes dans les décisions de l’entreprise. Un an avant la fermeture, nous savions qu’il y avait eu un redressement judiciaire, mais nous n’avions aucune information sur ce qui était fait par la direction, ni des implications concrètes. Sans connaissance des problèmes, nous n’avons eu aucune latitude pour agir et redresser la barre. Lorsque nous avons créé l’Atelier Photo 38, il était important pour nous de gérer notre entreprise autrement. Nous voulions travailler dans la transparence et sur un pied d’égalité. La SCOP correspondait parfaitement à notre philosophie. »

 

 

Le fonctionnement de la SCOP

“Nous avons commencé avec Jean-Louis, en étant tous les deux salariés associés, nous avions chacun 50% du capital. Lui était en plus gérant bénévole. Aujourd’hui, nous sommes 3 salariés à temps plein : Véronique, Jessica et moi. Jean-Louis est à la retraite mais pour le moment toujours associé, nous lui rachetons progressivement ses parts. La philosophie est que chaque salarié devienne associé de la SCOP, en prenant progressivement des parts dans l’entreprise. C’est le cas pour Véronique depuis 2017. Jessica, qui vient de nous rejoindre, va prendre ses premières parts.”

Dans une SCOP, chaque associé, quelque soit son nombre de parts, a une voix dans la prise de décisions, qui se fait de façon collective. Le gérant est élu en AG (Assemblée Générale). L’autre particularité de la SCOP est l’absence de plus-value sur le capital de l’entreprise : les parts sont revendues au prix d’achat. Chaque année, les bénéfices de l’entreprise sont répartis entre une part d’investissement dans la structure, une part versée aux salariés, et une part distribuée aux associés au prorata des parts.

 

Le financement

Pour démarrer leur SCOP, Ludovic et Jean-Louis ont bénéficié d’aides à la création d’entreprise et de prêts à taux zéro.

L’URSCOP (l’Union Régionale des SCOP) les a grandement aidés pour démarrer, par des formations, des aides administratives et la facilitation d’accès au prêt bancaire. Grâce à l’URSCOP qui s’est prêtée garant sur une partie de l’emprunt, ils ont obtenu un premier prêt au Crédit Coopératif, puis des prêts à taux zéro par la MCAE et l’URSCOP, via une donation Caterpillar.

 

Les clés de la réussite

Ludovic insiste sur la notion de soutien : que ce soit entre associés ou par des partenaires, se sentir soutenus et encouragés aux différentes étapes de la création est très important pour garder le cap.

« Seul, je ne l’aurais jamais fait. Ayant été salarié pendant longtemps, je n’avais pas l’âme d’un entrepreneur. Mais le fait d’être deux était porteur. On a pu l’un l’autre se motiver quand l’un de nous se disait qu’on n’allait jamais y arriver. »

Aujourd’hui, l’équipe est toujours accompagnée par l’URSCOP qui participe aux AG et assure les démarches administratives en lien avec les différents partenaires. Etre accompagné par l’URSCOP, cela a un coût, mais, selon Ludovic, c’est indispensable. Les partenaires comme l’URSSAF par exemple, ne connaissent pas les spécialités des SCOP et n’y sont pas formés, l’URSCOP permet ainsi de débloquer des situations. Selon Ludovic, bien choisir son comptable, son conseiller bancaire, est aussi très important. Prendre en compte la dimension humaine, avoir des personnes encourageantes, qui croient au projet, c’est primordial dans les phases de doute.

“A la fin de la première année, le bilan comptable a été un peu la douche froide”, confie Ludovic. Bien que leur CA était en hausse constante, l’annonce de 20 000€ de perte leur a donné un coup au moral. Mais tout de suite, leur comptable a su les rassurer sur les difficultés normales du démarrage, en restant très confiant sur la suite : « Son attitude positive nous a beaucoup aidé, et le déficit a été comblé année après année. Depuis 3 ans, nous réalisons des bénéfices. » 

 

Le bonheur est dans la SCOP

Aujourd’hui les salariés associés de l’Atelier Photo 38 sont libres de travailler comme ils le souhaitent, selon leurs propres choix. Ils travaillent avec plus de sérénité, sans notion de subordination, en concertation et dans la souplesse d’une petite structure. Soucieux de l’environnement, l’équipe a par exemple choisi le vélo pour ses livraisons et fait appel aux Boîtes à Vélo, un collectif d’entrepreneurs individuels, monté en associations.

Pour Ludovic, le modèle de la SCOP nécessite de bien s’entendre, et de voir les choses de la même façon. Cela demande de discuter, négocier et faire quelques compromis. Une belle philosophie du travail, porteuse des valeurs humaines de l'Économie Sociale et Solidaire.

 

A lire aussi : Reprendre son entreprise en SCOP
 

Nadège Bredoux pour Alpes Solidaires

 

 

A propos de l'auteur

Alpesolidaires Association

L’association Alpesolidaires a été créée en novembre 2004 et réunit des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) de l’agglomération grenobloise autour d'un projet territorial de l'ESS.
 
Contacter l'association : asso@alpesolidaires.org – 06.68.35.32.22
Contacter l'administration du site :
...

Coordonnées

Maison des associations
6 rue Berthe de Boissieux
38000 Grenoble
Tél : 
06 68 35 32 22
Email