« Remettre l’Education Populaire au cœur des préoccupations politiques ! » Thomas Clémençon, animateur à la MJC Mutualité

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« Remettre l’Education Populaire au cœur des préoccupations politiques ! » Thomas Clémençon, animateur à la MJC Mutualité

Animateur à la MJC Mutualité à Grenoble, Thomas Clémençon, 33 ans est de ceux qui veulent contribuer à réinventer une éducation populaire novatrice sur Grenoble. D’études de communication en entreprise à un poste d’animateur permanent au sein d’une association genevoise en passant par les Maisons Rurales et Familiales ou les coulisses de l’Education Nationale, le parcours de Thomas est pluriel et international. Ses expériences françaises, suisses et canadiennes lui ont permis d’explorer le secteur éducatif sous divers angles et d’en avoir une vue riche. Arrivé à Grenoble en septembre 2010 pour raisons personnelles, il se réjouit de s’installer dans une ville disposant d’une solide réputation d’avant-garde en matière de politiques sociales et d’expérimentations locales. Grenoble, ville labo, composée d’acteurs à la fibre militante fortement développée, séduit le jeune animateur. Deux mois plus tard, le voilà embauché à la Maison des Jeunes et de la Culture Mutualité en tant que coordinateur du secteur musical.

Du poids de l’histoire…

La vie associative de la ville Labo ne semble pourtant pas en aussi grande forme qu’espérée. Thomas est interpellé par le climat délétère existant entre les MJC et la municipalité. Défiance, méfiance, suspicions sont au cœur des relations entre associations et institution. Le poids de l’histoire est au tournant.

Poids de l’histoire également entre les associations gestionnaires d’équipements et celles se consacrant à l’accompagnement de projets de jeunes depuis les années 1990 et 2000. Deux mondes ou deux générations semblent se côtoyer sans créer de liens ! Comme le souligne Thomas : « il y a une histoire à comprendre ». Seulement comprendre ne signifie pas porter ou reproduire précise-t-il : « Quand on commence un boulot, on a tendance à hériter d’histoires qui ne sont pas les nôtres. Et si on ne fait pas attention on peut défendre des positions bizarres qui ne sont pas les nôtres. Je ne souhaite pas tomber dans ce biais là. ». Sa volonté est clairement d’aller de l’avant en portant un idéal fort. Car « sans idéal il n’y a pas d’actions ».

…A l’idéal éducateur…

Pour ce qui est de l’idéal, il se traduit par une vision politique de l’éducation où l’articulation entre individu et collectif est centrale: « Il me semble important de considérer l’individu de sa naissance à sa mort. Il n’y a pas que lorsqu’on est jeune qu’on a besoin de loisirs, de culture, de connaissances. Prendre en compte l’épanouissement personnel tout au long de la vie me semble essentiel. ». Cependant, cette prise en compte de l’individu ne peut se faire à l’encontre du collectif : « il s’agit de faire prendre conscience aux individus que nous vivons dans un endroit collectif organisé. Ceci implique de penser l’épanouissement personnel dans la perspective de porter du collectif.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un défi majeur : le défi écologique. La question du vivre ensemble est posée car soit on prend ça en main, soit on ne fait rien et on laisse les écarts de vie se creuser et une situation conflictuelle s’installer. ». L’éducation populaire via ses associations a ici un rôle d’éducation au politique à jouer : « Selon moi, il faut en venir à une vraie politique de service public d’épanouissement personnel qui garantisse l’accès de tous à des activités culturelles, à des pratiques sportives et artistiques, à la connaissance - via des Universités accessibles tout au long de la vie notamment – mais qui redonne également à chacun une implication politique et une conscience de la vie collective ». La perspective est séduisante. Sa traduction en actes à envisager à la lumière de la réalité de terrain.

…En passant par la réalité de terrain…

Thomas identifie un malaise certain dans le milieu associatif grenoblois. Entre défiance et fatigue beaucoup d’acteurs semblent désabusés. L’éducation populaire et le militantisme qui en fait sa richesse parait se diluer dans le contexte de survie au sein duquel sont placées les associations. Loin de le décourager, Thomas insiste sur l’importance du sursaut qui doit se produire dans le secteur car « si les MJC ne trouvent pas les ressources pour se renouveler, elles vont mourir. »

Ceci passe selon lui par un retour critique des actions passées et l’acceptation d’un écart entre ce qui est mis en avant et ce qui est pratiqué au sein des structures : « l’éducation populaire, le militantisme on en parle souvent mais on ne fait pas grand-chose. Si les MJC ne sont pas capables de se dire qu’effectivement on n’est plus capable de faire de l’éducation populaire donc soit on abandonne, soit on se pose les bonnes questions, elles vont devenir des annexes municipales. ».

Au-delà de la critique Thomas propose : « il est important de penser le projet à l’échelle de la ville, de savoir quel projet on propose à la population. Il est important que la mairie puisse dire : voilà quel est notre idéal, notre volonté pour l’éducation populaire. On doit remettre l’éducation populaire au cœur des préoccupations politiques ». Les associations – notamment les MJC – ont un rôle à jouer non seulement dans une redéfinition de l’engagement mais également dans un repositionnement politique: « La force des MJC c’est qu’elles s’adressent à tout le monde. Beaucoup de gens sont adhérents et viennent mais on ne sait plus leur faire comprendre qu’ils adhèrent à un projet. Il est important de retrouver le goût du risque dans les MJC. Il faut qu’on soit capable de prendre des positions fortes et de s’y tenir. »

Réinventons l’éducation populaire !

L’éducation populaire doit redéfinir un « idéal partagé » car comme le mentionne Thomas : « on a besoin de croyances et d’espérances pour agir surtout dans un climat de survie des associations». Des débats comme ceux organisés le 7 avril sont plus que jamais nécessaires. Le secteur doit être capable de se réinventer. Ceci passe par l’organisation de débats internes sur une vision de l’éducation en sortant « de la construction de projets associatifs qui collent aux modalités de financement de la ville ». Construire collectivement est plus que jamais nécessaire en créant du lien au-delà des querelles passées. Retrouver un climat de confiance en objectivant les faits, former les bénévoles et les salariés, réintroduire des débats sur le sens et la cohérence de l’action apparaissent comme des éléments clefs d’une construction collective forte et pertinente.

Des Universités d’Automne pour entrer dans le vif du sujet ? L’initiative intéresse Thomas qui souhaite faire partie de ces volontés individuelles contribuant à construire du collectif. Réinventer l’éducation populaire devient possible. La relève est là !

Propos recueillis par Marielle Imbert